Suffire (verbe)


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

("Je suffis, tu suffis, il suffit; nous suffisons, vous suffisez, ils suffisent. Je suffisais. Je suffis. Je suffirai. Je suffirais. Suffis, suffisons. Que je suffise. Que je suffisse. Suffisant. Suffi.") Pouvoir subvenir, pouvoir satisfaire à quelque chose, fournir assez, faire ce qui est nécessaire. "Cette somme ne suffit pas pour payer vos dettes. S'il perd ce procès, tout son bien n'y suffira pas. Peu de bien suffit au sage. Cinq cents francs ne peuvent pour toutes ces emplettes. La dépense est trop grande, il n'y peut pas . Il ne suffit pas à la tâche. Un domestique" "ne saurait à servir tant de personnes. La plus légère contrariété suffit pour l'irriter."
"Se à soi-même," Trouver en soi le moyen de se passer des autres. "Il faut savoir se à soi-même." On dit aussi, simplement "Se ," Avoir ou gagner assez pour pourvoir à ses besoins. "Ce jeune homme se suffit, il ne se suffit pas encore."
Fam., "Cela me suffit, cela suffit" et, simplement, "Suffit," Voilà qui est bien, c'est assez, n'en parlons plus.
Prov., "À chaque jour suffit sa peine," Il ne faut pas se tourmenter inutilement sur l'avenir, se faire des chagrins d'avance.
SUFFIRE s'emploie impersonnellement. "Il suffit de tant de blé pour tant d'hommes. Il suffit de lui dire une chose pour qu'il la fasse aussitôt. Qu'il vous suffise que je l'aie voulu."



Dictionnaire d'Emile Littré




 1   Pouvoir fournir, pouvoir satisfaire, en parlant des choses. Il fallait que cette modique somme suffît pour élever trois orphelins.
BOSSUET: « Attendons-nous que Dieu ressuscite les morts pour nous instruire ? ce qui entre aujourd'hui dans le tombeau doit pour nous convertir »
BOSSUET: « Le moindre rayon de beauté qu'elle [l'âme] y aperçoit [dans le corps] suffit pour l'arrêter ; elle se mire, pour ainsi parler, et se considère dans ce corps »
QUINAULT: « C'est trop pour un mortel de tenter un effort Où les forces d'un dieu ne suffisent qu'à peine »
RAC.: « Un père, en punissant, madame, est toujours père ; Un supplice léger suffit à sa colère »
RAC.: « La France seule pouvait à peine à réparer des pertes si énormes »
VOLT.: « Ces bruits publics qui ont éclaté dans tous les temps et dans tous les États à la mort des princes enlevés par une mort prématurée, comme si la nature ne suffisait pas à nous détruire »
BUFF.: « Une seule partie de l'histoire naturelle, comme l'histoire des insectes ou l'histoire des plantes, suffit pour occuper plusieurs hommes »
DUCLOS: « Ce qu'il faut pour le bonheur physique d'un seigneur, suffirait souvent pour faire celui de tout son village »
CONDIL.: « Quand on juge d'après ses craintes, ce qui ne suffirait qu'à la rigueur ne suffit pas ; et on croit ne trouver ce qui suffit que dans ce qui abonde jusqu'à un certain point »
    Cela me suffit, cela suffit, ou, simplement, suffit, voilà qui est bien, c'est assez.
HAUTEROCHE: « Suffit, je t'entends bien »
P. L. COUR.: « Le comte de Bussy ne laissa pas d'adresser ce qu'il avait fait [traduction des Amours d'Hélène], si ce fut à Mme de Sévigné ou bien à Mme de la Fayette, je ne sais ; suffit que ce fut à une femme de beaucoup d'esprit »

 2   Il se dit des personnes en un sens analogue.
MALH.: « Les nomades n'ont bergerie Qu'il [le lion] ne suffise à désoler »
PELLISSON: « Le roi leur montra bien qu'il suffit à tout »
BOSSUET: « Jérémie lui-même, qui seul semble être capable d'égaler les lamentations aux calamités, ne suffirait pas à de tels regrets »
RAC.: « Les prêtres ne pouvaient aux sacrifices »
RAC.: « Tant de Romains sans vie, en cent lieux dispersés, Suffisent à ma cendre et l'honorent assez »
DUCLOS: « Si vous m'aimez, je dois vous »
J. J. ROUSS.: « Ah ! si j'avais suffi à son coeur, comme elle suffisait au mien, quels paisibles et délicieux jours nous eussions coulés ensemble ! »
GENLIS.: « La surprise, la joie, trop de mouvements agitent mon âme, elle ne peut y »

 3   Il s'emploie impersonnellement.
CORN.: « Tout beau, que votre haine, en son sang [celui de Pompée] assouvie, N'aille point à sa gloire ; il suffit de sa vie »
FLÉCH.: « On recherche les honneurs ; elle a jugé qu'il suffisait de s'en rendre digne »
BOILEAU: « Dans le crime il suffit qu'une fois on débute ; Une chute toujours attire une autre chute »
RAC.: « Il suffit de tes yeux pour t'en persuader »
LA BRUY.: « Que de choses depuis Varron, que Varron a ignorées ! ne nous suffirait-il pas même de n'être savants que comme Platon ou comme Socrate ? »
FONTEN.: « Il me suffit d'avoir mené votre esprit aussi loin que vont vos yeux »
VOLT.: « Il suffit que M. le marquis ait du goût ; c'est aux artistes à travailler pour lui »
VOLT.: « Je sais qu'aux Castillans il suffit de l'honneur »
    Absolument.
RAC.: « L'honneur parle, il suffit, ce sont là nos oracles »
RAC.: « Il suffit ; comme vous je ressens vos injures »
LA BRUY.: « Il a mordu le sein de sa nourrice : elle en est morte la pauvre femme, je m'entends, il suffit »
    Elliptiquement.
CORN.: « Vous croiriez que Pison est plus digne de Rome ; Pour ne plus en douter, suffit que je le nomme »
DESHOUL.: « Suffit qu'en bel esprit on vous ait érigé, Pour ne pouvoir prétendre à la moindre fortune »

 4   Se , n'avoir pas besoin du secours des autres. Elles se sont toujours suffi.
LA MOTTE: « N'attendez rien de grand de qui croit se »
DUCLOS: « Malgré ses talents et les ressources de son esprit, il [le régent] ne pouvait longtemps se à lui-même ; la dissipation, le bruit, la débauche lui étaient nécessaires »
J. J. ROUSS.: « Quand on se suffit l'un à l'autre, s'avise-t-on de songer à un tiers ? »
MARMONTEL: « Ah ! ma fille, la triste et pénible résolution que celle de vivre seul, et de à soi-même ! l'homme est trop faible pour se soutenir »

PROVERBE À chaque jour suffit sa peine, il ne faut pas se faire de chagrins d'avance.
    Il se conjugue avec l'auxiliaire avoir.

REMARQUE
    1. Suffire veut à ou pour devant les noms et les verbes. Peu de bien suffit au sage. La vie, qui est courte et qui ne suffit presque pour aucun art, suffit pour être bon chrétien, NICOLE.
    Impersonnellement, il régit de devant un nom et devant un infinitif. Il lui suffira de l'honneur. Il suffit d'être malheureux pour être à plaindre.
    2. Avec que, il suffit veut le subjonctif. Il suffit que vous le disiez pour que je le croie. Cependant de bons auteurs ont employé aussi l'indicatif.
MOL.: « Il suffit que nous savons ce que nous savons, et que tu fus bien heureuse de me trouver »
RAC.: « Ne vous suffit-il pas que je l'ai condamné ? Ne vous suffit-il pas que ma gloire offensée Demande une victime à moi seule adressée ; Qu'Hermione est le prix d'un tyran opprimé ; Que je le hais ; enfin, seigneur, que je l'aimai ? »
RAC.: « Qu'il te suffise donc, pour me justifier, Que je vis, que j'aimai la reine le premier »
J. J. ROUSS.: « N'allons pas plus loin quant à présent ; il suffit que votre principale question est résolue »

HISTORIQUE
    XIIIème siècle
     Couci, p. 119: Raisons dit qu'il me souffisse, Quant onc j'i osai penser ; Mais amors pas ce ne prise
     Berte, LXXXVIII: Fille, dist Blanchefleurs, pas ne me doit soufire, De ce que [je] ne vous voi
    XIVème siècle
ORESME: « Et soufise ce que nous avons dit de ces choses »
ORESME: « Droit naturel, qui souffist estre escrit es cueurs des hommes »
    XVème siècle
FROISS.: « Avecques tout ce, il lui convenoit [il lui fallait] payer cent mille francs.... et tant faire qu'il souffisist au duc »
    XVIème siècle
ST-GELAIS: « Lorsqu'on ne peut à bon souhait , Le desir croist toujours en attendant »
J. D'AUTON: « Voyans les Genevois [Génois] que breche à avoient pour devoir donner l'assault »
MONT.: « Suffit à un chrestien croire toutes choses venir de Dieu »
MONT.: « Si ce qu'on a suffit à maintenir sa condition »
LANOUE: « Se sentans incommodez de loger si serré comme ils avoyent fait jusques-là, ils voulurent s'escarter, estimans qu'ayans deux mille harquebusiers, il ne suffisoit qu'à une armée de les deffaire »
D'AUB.: « Jean Buron du bas Poictou, qui, adverti d'appeller, respondit : Ne vous suffit-il pas d'avoir les mains teintes de mon sang sans en souiller d'autres ? »

ÉTYMOLOGIE
    Lat. sufficere, de sub, sous, et facere, faire.


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


("Je suffis, tu suffis, il suffit; nous suffisons, vous suffisez, ils suffisent. Je suffisais. J'ai suffi. Je suffirai. Je suffirais. Suffis, suffisez. Que je suffise.")Pouvoir fournir, pouvoir subvenir, pouvoir satisfaire à quelque chose. Quand il se dit Des choses, il signifie, qu'Elles sont de la qualité ou dans la quantité nécessaire; et quand il se dit Des personnes, il signifie qu'Elles ont les talents et les moyens nécessaires pour faire ce qu'elles se proposent, ou ce qu'on exige d'elles. "Cent écus par an lui suffisent pour sa subsistance. Cette somme ne suffit pas pour payer vos dettes. S'il perd ce procès, tout son bien n'y suffira pas. Peu de bien suffit au sage. Cinq cents francs ne peuvent pour toutes ces emplettes. La dépense est trop grande, il n'y peut pas . Ce domestique ne saurait à servir tant de personnes. On ne peut pas à tout. Il est trop accablé d'affaires, il ne peut pas à toutes. Il ne peut pas aux questions de tout le monde. La plus légère contrariété suffit pour l'irriter. Une légère fatigue suffirait pour le rendre malade. Cette espérance suffit pour le rendre heureux."
Fam., "Cela me suffit, cela suffit," et simplement, "Suffit," Voilà qui est bien, c'est assez, n'en parlons plus.
Prov., "À chaque jour suffit sa peine," Il ne faut pas se tourmenter inutilement sur l'avenir, se faire des chagrins d'avance.
"Se à soi-même," Trouver en soi les moyens de satisfaire à ses besoins, de se procurer du bonheur. "Il faut savoir se à soi-même."



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



s'emploie souvent impersonnellement. "Il suffit de tant de blé pour tant d'hommes. Qu'il vous suffise que je l'aie voulu. Il suffit de vous dire... Vous êtes content, il suffit. Il suffit d'un calomniateur pour perdre un honnête homme."



Ancienne définition de 1798 (Académie Française)

Verbe 


"Je suffis, tu suffis, il suffit; nous suffisons, vous suffisez, ils suffisent. Je suffisois. J'ai suffi. Je suffirai. Suffis, suffisez. Que je suffise. Je suffirois, etc." Pouvoir fournir, pouvoir subvenir, pouvoir satisfaire à quelque chose. Il se dit également Des choses et des personnes. Quand il se dit Des choses, il signifie, qu'Elles sont de la qualité ou dans la quantité nécessaire; et quand il se dit Des personnes, il signifie, qu'Elles ont les talens et les moyens nécessaires pour faire ce qu'elles se proposent, ou ce qu'on exige d'elles. "Cent écus par an suffisent pour sa subsistance. Cette somme ne suffit pas pour payer toutes les dettes. S'il perd ce procès, tout son bien n'y suffira pas. Peu de bien suffit au sage. Cinquante pistoles ne peuvent pour toutes ces emplettes-là. La dépense est trop grande, il n'y peut pas . Ce valet ne sauroit à servir tant de personnes. On ne peut pas à tout. Il est trop accablé d'affaires, il ne peut pas à toutes. Il ne peut pas aux questions de tout le monde".
On dit dans le style familier, "Cela me suffit, cela suffit," et simplement, "Suffit," pour dire, Voilà qui est bien, c'est assez, n'en parlons plus.
On dit proverbialement, "À chaque jour suffit sa peine, suffit son mal," pour dire, qu'Il ne faut pas se tourmenter inutilement sur l'avenir.
Il s'emploie souvent impersonnellement. "Il suffit de tant de blé pour tant d'hommes. Qu'il vous suffise que je l'ai voulu. Il suffit de vous dire..... Vous êtes content, il suffit. Il suffit d'un calomniateur pour perdre un honnête homme".



Signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)

Verbe 


"Je suffis, tu suffis, il suffit, nous suffisons, vous suffisez, ils suffisent. Je suffisois. J'ai suffi. Je suffirai. Suffis, suffisez. Que je suffise. Je suffirois, &c." Pouvoir fournir, pouvoir subvenir, pouvoir satisfaire à quelque chose. Il se dit également Des choses & des personnes. Quand il se dit Des choses, il signifie, qu'Elles sont de la qualité, ou dans la quantité nécessaire; & quand il se dit Des personnes, il signifie, qu'Elles ont les talens & les moyens nécessaires pour faire ce qu'elles se proposent, ou ce qu'on exige d'elles. "Cent écus par an suffisent pour sa subsistance. Cette somme ne suffit pas pour payer toutes les dettes. S'il perd ce procès, tout son bien n'y suffira pas. Peu de bien suffit au sage. La dépense est trop grande, il n'y peut pas . Ce valet ne sauroit à servir tant de personnes. On ne peut pas à tout. Il est trop accablé d'affaires, il ne peut pas à toutes. Cinquante pistoles ne peuvent pour toutes ces emplettes-là."
On dit dans le style familier, "Cela me suffit, cela suffit," & simplement, "Suffit," pour dire, Voilà qui est bien, c'est assez, n'en parlons plus.
On dit proverbialement, "À chaque jour suffit sa peine," pour dire, qu'Il ne faut pas se tourmenter inutilement pour l'avenir.
Il s'emploie souvent impersonnellement. "Il suffit de tant de blé pour tant d'hommes. Qu'il vous suffise que je l'ai voulu. Il suffit de vous dire.... Vous êtes content, il suffit. Il suffit d'un calomniateur pour perdre un honnête homme."



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)


"ou", SUFIRE, v. n. SUFISAMMENT, adv. SUFISANCE, s. f. SUFISANT, ANTE, adj. ["Sufîre", "fizaman", "zance", "zan", "zante": 2e lon. au 1er, 3e lon. aux 3 dern.] "Sufire": je "sufis", nous "sufisons;" je "sufisois", ou "sufisais"; je "sufis"; "j'ai sufi"; je "sufirai", je "sufirois" ou "sufirais"; que je "sufise"; "sufisant". = M. l'Ab. "De Fontenai", d'aprês plusieurs Gramairiens et plusieurs Dictionaires, prétend que le verbe "suffire" fait à l'imparfait du subjonctif, que je "suffisse", que tu "suffisses"; qu'il "suffit"; et reprend un Auteur, qui avait dit, qu'il "suffisit". Celui-ci est bien mauvais sans doute, mais l'aûtre à la 3e persone apartient plus au présent qu'à l' imparfait, et aux deux premières persones, il a l'air bien sauvage, parce qu'il est bien peu usité. Je pense qu'il faut éviter de s'en servir, et dire plutôt, que "je pusse", tu "pusses", il "pût sufire", ou bien qu'il "fût sufisant" pour, "etc."
- L'"Acad." ne met au subjonctif que, je "suffise"; soit qu' elle pense qu'il doit servir pour le présent et l'imparfait, soit qu'elle croie que ce verbe n'a point d'imparfait du subjonctif. = "Sufire" se dit de ce qui peut fournir et satisfaire aux besoins. Il se dit des chôses et des persones. Il régit "à" ou "pour" devant les noms et les verbes. 'Peu de bien "sufit au" sage. 'Cent écus "sufisent" pour ma subsistance. 'Il est trop acablé d'afaires: il ne peut pas "sufire à" toutes; "à" les traiter, "à" les terminer toutes. 'Elle "sufisait à" me "tourmenter", ou "pour" me "tourmenter". 'Cette somme ne "sufit" pas "pour payer" toutes les dettes. '"Se sufire à" soi-même: 'Pour s'atirer l'atention et l'homage des peuples, la vertu "se sufit" et n'a pas besoin de la fortune "Neuville". Or. Fun. du Card. de "Fleuri". = Il est quelquefois impersonel: alors il régit la prép. "de" devant les noms et la conjonction "que" avec le subjonctif des verbes. '"Il" ne "sufit" pas d'un Grand Homme pour faire ces changemens. "Bufon". '"Il sufit de" deux faits pour le prouver et les voici. "Moreau". 'Il ne "sufit" pas "de" deux ou trois morceaux heureusement tournés pour faire lire huit ou neuf cens vers, que la rime seule sert à distinguer de la prôse. "Ann. Litt." 'Il "sufit que" vous le "disiez pour que" je le croie.
   Et "pour" en "obtenir" un secours généreux,
   J'ai cru qu'"il suffisoit que" l' on "fût" malheureux.
       "Créb."
Il régit aussi "de" et l'infinitif. 'Il "sufit d'être" malheureux "pour être" injuste. = * Anciènement on disait "sufit" tout seul, et sans le pronom "il".
   Pour ne plus en douter "sufit que" je le nomme.       Corn.
On dit encôre dans le style familier, "sufit", pour c'est assez, cela sufit:
   "Sufit"! adieu, mûses, jusqu' au revoir.       Rouss.
'Quel bien il doit m'en revenir? "sufit": je veux me satisfaire. "Marin". = * Quelques-uns transforment "sufit que" en conjonction et le font synonyme de "pourvu que". Ils disent par exemple: "sufit que" vous "veniez"; je serai content. C'est une façon de parler populaire. = "Se sufire" se dit des persones";" c'est n'avoir pas besoin du secours d'autrui. Il est ordinairement suivi de la répétition du pronom personel, qui est au datif: se "sufire à soi-même". 'La triste et pénible résolution que celle de vivre seul et de "se sufire à soi-même": l'Homme est trop foible pour la soutenir.
   SUFISAMMENT: Assez. Voyez ASSEZ. Il régit la prép. "pour" devant les noms et les verbes; ou "pour que" avec le subjonctif. 'Il a "sufisamment de" bien; il "en a sufisamment pour" lui et "pour" vous; "pour pouvoir", ou "pour qu'"il "puisse" en doner à d'autres. 'Ce Général avoit "sufisamment de" troupes "pour batre" les Frisons. "Hist. d'Allem." = Quand il modifie des participes ou des adjectifs, "pour" avec l'infinitif ne fait pas si bien. 'Je ne trouve pas ce fait "sufisamment prouvé pour être avancé" comme certain. "Charlev."
- "Assez bien prouvé" vaudrait mieux.
   SUFISANCE est 1°. Ce qui sufit. Il régit l'ablatif. 'Avoir "sufisance de" vivres; "en" avoir, "en" prendre "sa sufisance". = Le proverbe dit: "qui n'a sufisance n'a rien": quelque bien que l'on possède, si l'on ne sait pas s'en contenter, on est aussi malheureux, que si l' on n'avait rien. = "En sufisance" ou, "à sufisance", adv. sufisamment, assez. L'"Acad." met le 2d: il y a eu cette année du bled et du vin "à sufisance". Quelques Auteurs ont employé le premier. 'Ils les ont amenés à n'avoir pas même de pain "en sufisance". LING.
- Le 2d me parait préférable.
- 2°. Il s'est dit aûtrefois, en parlant des persones, pour "capacité", "habileté", "science". '"La sufisance" extraordinaire de Suger, Abbé de saint Denis. "Maimb." 'Sa présomption lui fit perdre, en un moment, ce que sa valeur et "sa sufisance" lui avoient acquis. "Id." On ne le dit plus que dans le style de chancellerie. J. J. "Rouss." l'a encôre employé en ce sens. 'Le Laboureur, l'homme du peuple.... ne cherche point à justifier son ignorance ou ses vices par son incrédulité. Il ne censure point les oeuvres de Dieu et ne s'ataque point à son maître, pour faire briller "sa sufisance".
- 3°. Vanité, présomption: 'Il a "une" sote "sufisance"; une "sufisance" insuportable. 'Leur "sufisance", leur ton m'a révolté. "Palissot".
   C'est un petit Monsieur, "rempli de sufisance".
       Destouches.
  SUFISANT a le 1er et le 3e sens de "sufisance". = Qui sufit: 'Il est "sufisant" pour payer. 'Terme hommes sont "sufisans" pour défendre ce poste. 'Cette somme est "sufisante", etc. = Orgueuilleux, présomptueux. 'Le "sufisant" personage! je vous trouve bien "sufisante", Mademoiselle. 'Air "sufisant", mine "sufisante".
   Des jeunes courtisans
   Que n'ai-je le babil et "les airs sufisans"?
       DEST. Le Glorieux.
= Subst. 'C'est "un sufisant", "une sufisante": il fait "le sufisant". = * Aûtrefois on le disait dans la 2de signification de "sufisance", pour "habile", "savant": il ne fait point "le sufisant", quoiqu'il le soit. P. "Rapin".




Emplacement dans le dictionnaire :

suede
suédois
suée
suer
suette
sueur
sueurs
suffetes
suffètes

suffisamment
suffisance
suffisant
suffixe
suffocant
suffocation
suffoquer
suffragant
suffrage
suffusion
sufisme




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Pierre LOTI (Pêcheur d'Islande)

...repris par le travail de la pêche, par le train monotone des choses réelles et présentes, comme ne pensant plus à rien. Du reste, les lignes donnaient beaucoup et les bras avaient peine à suffire. Autour des pêcheurs, dans les fonds immenses, c'était un nouveau changement à vue. Le grand déploiement d'infini, le grand spectacle du matin était terminé, et maintenant les lointains paraissaient...


Citation n°2 de Émile DURKHEIM (De la division du travail social)

...pour ces hommes dont l'unique souci est d'organiser et d'assouplir toutes leurs facultés, mais sans en faire aucun usage défini et sans en sacrifier aucune, comme si chacun d'eux devait se suffire à soi-même et former un monde indépendant. Il nous semble que cet état de détachement et d'indétermination a quelque chose d'antisocial. L'honnête homme d'autrefois n'est plus pour nous qu'un...


Citation n°3 de Émile DURKHEIM (De la division du travail social)

...sociabilité dépend de la manière la plus apparente. Sans doute, ces considérations complémentaires, introduites sans méthode, à titre d'exemples et suivant les hasards de la suggestion, ne sauraient suffire pour élucider beaucoup la nature sociale de la solidarité. Elles démontrent du moins que le point de vue sociologique s'impose même aux psychologues. Notre méthode est donc toute tracée. Puisque le...


Citation n°4 de Émile DURKHEIM (De la division du travail social)

...paroles, mais par des actes, comme elle est alors portée à son maximum, nous ne pouvons manquer de nous raidir contre elle avec passion. Une simple remise en état de l'ordre troublé ne saurait nous suffire ; il nous faut une satisfaction plus violente. La force contre laquelle le crime vient se heurter est trop intense pour réagir avec tant de modération. D'ailleurs, elle ne pourrait le faire sans...


Citation n°5 de Émile DURKHEIM (De la division du travail social)

...leurs droits respectifs sur les choses, c'est-à-dire de leurs territoires. Mais, justement, l'extrême instabilité de ces relations est la meilleure preuve que la solidarité négative ne peut pas se suffire à elle seule. Si aujourd'hui, entre peuples cultivés, elle semble avoir plus de force, si cette partie du droit international qui règle ce qu'on pourrait appeler les droits réels des sociétés...


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